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C.M

Je suis arrivée à l’anneau gastrique après un parcours semé d’échecs successifs.

Dés l’âge de 4 ans, mon poids était supérieur à la norme. En regardant mon carnet de santé, je me suis aperçue qu’à l’âge de 5 ans, mon poids était de 36 kg pour 1m05. A l’âge de 12 ans, je pesais 85 kg pour 1m58. Mes parents et ma sœur également étaient obèses. On avait tous de très mauvaises habitudes alimentaires: « le culte de la nourriture ».

A l’âge de 40 ans, mon père tombe malade : angine de poitrine, HTA. Ma mère nous met tous au régime…

– Premier régime: à l’âge de 14 ans avec la méthode W…W….. Ça consiste à manger en mesurant l’apport calorique de chaque aliment. C’est une très bonne méthode, mais très contraignante. Elle m’a permis de perdre une vingtaine de kilos en une année scolaire. A la fin des vacances d’été, j’avais repris 10 kilos et l’année suivante 15.

– A 17 ans : j’arrive à 90 kg Avec l’aide d’une diététicienne, je reperds 15 kilos en quelques mois. Une diététicienne vous guide, vous conseille mais vous êtes bien seule face à des copines qui grignotent toute la journée sans prendre un gramme. C’est à ce moment que l’expression « oh, allez, pour une fois, ce n’est pas grave » a commencé à m’énerver.

– A 19 ans, je pèse environ 95 kg. Cette fois, c’est la cure d’amaigrissement. J’obtiens de bons résultats : -7 kg en 3 semaines malgré quelques petits inconvénients : boire de l’eau chaude à l’odeur d’œuf pourri, les massages faits par des superbes gars (humiliant quand on est grosse et que l’on a 19 ans), les jets d’eau douloureux qui laissent des bleus et l’ambiance menée par les 55 ans et plus. SUPER LA CURE !!!!!! Cela m’a quand même donné du courage, j’ai continué à perdre en rentrant jusqu’à 25 kg que j’ai bien sûr repris en à peine 2 ans.

C’est à ce moment-là que les vrais ennuis ont commencé. A 21 ans, j’ai jusqu’à 21/11 de tension.

A 24 ans, j’arrive aux 95 kilos. Nouveau travail. Nouvelle motivation Cette fois je décide de « maigrir seule ». Je mange équilibré, je bannis le sucre, les graisses. Je perds 30 kilos en 1 an. Puis je tombe enceinte, mon père décède à l’âge de 54 ans d’une embolie pulmonaire, ma mère tombe gravement malade (les intestins) et je prends 35 kilos en 7 mois… de grossesse. Les conséquences sont graves : toxémie gravidique, pré éclampsie. Ma tension est à 22/11 quand mon fils né prématurément par césarienne.

A 30 ans je franchis la barre des 100 kg mais toujours pour 1m58. Je suis désespérée et même résignée mais je suis consciente que ça ne peut plus durer. Je n’ai alors plus la même motivation qu’à 20 ans. Ce n’est plus « moi aussi, je veux être la plus belle pour aller danser ». La séparation subite avec mon conjoint, la mort de mon père, la maladie de ma mère due à l’obésité et surtout l’angoisse que mon fils pourrait avoir honte de moi… tous ces évènements me font réagir. Je veux juste être comme tout le monde, ne plus être soumise en permanence aux regards et aux jugements des autres. Quand on est gros, on est moche, mou, sans volonté et souvent bête. C’est ce que pensent les gens, on le sent bien quand ils vous regardent.

J’avais entendu parler de l’anneau gastrique, mais je ne pensais pas entrer dans les critères. Le côté chirurgical me faisait peur.

Je me renseigne, puis je prends rapidement ma décision. Enfin l’espoir d’une nouvelle vie grâce à l’anneau. Je mesure les risques liés à la pose d’anneau et les risques liés à l’obésité et je n’hésite plus.

La préparation commence par un rendez-vous avec un endocrinologue, puis rendez-vous avec un psychiatre (son accord était important pour moi), prise de sang, fibroscopie (pas très agréable mais indolore) et enfin intervention.

J’ai été hospitalisée la veille de l’intervention par le docteur Tahrat. J’étais impatiente d’en finir. Au réveil, pas de douleur violente, pas de nausée, ni de vomissement. Le lendemain, premier contrôle radio, aucun problème. J’étais un peu angoissée à l’idée d’avaler mon premier repas (liquide). 2 jours plus tard, je rentrais chez moi plus décidée que jamais.
J’ai fait très attention de manger lentement au début, de prendre beaucoup de soupes, de purées de légumes et de viandes blanches mixées pour éviter de rendre. Je me suis habitué à sentir les aliments « glisser » à travers l’anneau. Au bout d’un mois, je commence à prendre confiance, j’essaye les petits morceaux et j’arrête le mixé. Mon alimentation est variée pour éviter les carences et la fatigue. Tout se passe bien. Je perds du poids. Je ne vomis pas. La confiance s’installe de plus en plus. Je me suis aperçue qu’il suffisait de mâcher beaucoup pour pouvoir manger n’importe quel aliment. Mais le fait de manger prend du temps. Dans une soirée « pizza » avec des amis, au lieu de prendre une pizza entière comme avant, j’en mange une part. Je ne me sens pas frustrée puisque je participe.
Ainsi j’ai perdu 30 kg en 1 mois, puis mon poids s’est stabilisé depuis 2 ans. Je mange presque tout ce que je mangeais avant. Je ne pensais pas pouvoir vivre avec si peu d’aliments ingurgités. Je n’ai jamais de sensation de faim, ni de frustration puisque je pouvais manger de tout (bien sûr en petites quantités).

Pour rester stable aujourd’hui, je fais attention à ce que je mange, je fais du sport (natation, vélo, marche). Je m’octroie des petites gourmandises régulièrement, mais le passage des aliments sur l’anneau me rappelle à l’ordre. J’ai complètement banni les frites, les viennoiseries, la charcuterie et l’alcool, sans que cela me manque.

Aujourd’hui, j’appréhende le jour où je devrai retirer l’anneau, car c’est pour moi un garde-fou. Le fait de sentir chaque aliment passé quand je ne les mâche pas assez me rassure, ça ne m’est pas souvent arrivé de vomir, mais quand ça arrive, ça me recadre. C’est une aide complémentaire au régime, comme un patch pour les fumeurs. Je vis très bien avec mon anneau et j’envisage même une deuxième grossesse avec l’anneau pour éviter une reprise de poids excessive et des problèmes de tension. Je fais des radios de contrôle régulièrement. Le suivi est très important.

J’espère pouvoir le garder encore 2 ans. Je pense que mes nouvelles habitudes alimentaires resteront après l’anneau.

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